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09.01.2007

séquence

Nous avons dégringolé les escaliers. La chute fut lente contrairement à ce que nous servent les salles obscures. Ce fut une descente par paliers avec aucune possibilité de stopper l'élan. Un à un, nos membres se froissaient et ne se déliaient pas. C'est génial, me disais-je, nous sommes liés jusqu'à la fin mon amour. non ce n'est pas tout à fait vrai. Je ne me disais pas ça sur le moment. J'hurlais stop à la mort qui me taquinais, me draguais éhontément. C'est après que je me suis dis ceci. Tout de même fallait bien trouver un signe à ce fait précis que nous ayons dégringolé ensemble vers le bas et que nous ayons survécu tous deux au pire. Pas un de nos quatre bras cassés, ni même un ongle fêlé. Je garde ce sourire espiègle que tu faisais durant la chute. Tu n'as jamais voulu m'expliquer pourquoi. Tu soutiens qu'il y a une raison -rationnelle- à cette expression là. Mais je crains que tu n'en saches rien. Tu crois savoir tant de choses que tu ignores. Mais je ne dirais pas que ce soit un défaut. Lorsqu'une chose est partagée par tous les membres du genre humain, on ne peut plus parler de défaut. Une épidémie d'ignorances complexant plus de 6milliards et demi de personnes. Mais ce sourire...C'est ce qui m'a le plus effrayé. L'impression de tomber avec une statue crispée dans les bras. peut-être que c' est ce que tu as toujours été. Une statue crispée entre mes bras, dans mon coeur, entre mes jambes et sur mon dos. Et ma peur qui nous portait vers le bas. Stupide fleur du mal. Tu as conclus ta chute crispée par une souffle net. Comme un geste théâtral. Comme si tu avais pu présager qu'on ne se casserait pas, ni l'un ni l'autre ni nous. Une sorte de souffle auto satisfaisant. Un mal de chien j'avais. Pas tant dans mon dos fracassé que dans mon coeur glacé. J'aurais aimé que tu me serres très fort déversant toute ta peur qui devait nécessairement ressembler à la mienne et que tu me fasses l'amour comme jamais tu n'avais envisagé pouvoir le faire. Tu es resté statue. Et le marbre de ton geste coulait inévitablement dans mon cou. J'ai prié très fort que chaque seconde dévoile une fêlure profonde, une côté fêlée, un dos broyé, un brancard et des sirènes de pompiers.Rien. Nous avions amorti notre chute et nous étions impeccablement liés sans que cela ne te fasse ni chaud ni froid. J'ai bien pensé avoir très mal pour de faux. Te montrer mon sang pour t'effrayer. Feindre un évanouissement. Quelque chose de banal qui aurait collé avec un scène de film. Dans un film, il faut ce genre d'évènement appelé secondaire pour que l'intrigue puisse avancer et que l'histoire prenne. J'avais envie que notre histoire prenne. Rajouter une dose d'intrigue pour rendre cette chute inoubliable. Tu ne me diras que bien plus tard que c' est la seule responsable de ton attitude douteusement calme était la peur . Celle de m'avoir perdue.

Commentaires

Très très intense. Magnifique texte.

Ecrit par : Kinishao | 10.01.2007

Toujours superbe, bravo...

Ecrit par : matt | 11.01.2007

La fêlure -on ne la voit que si on en soupçonne déjà l'existence, non ?

Ecrit par : inavouable | 15.01.2007

subliment proche de mes proches émotions

Ecrit par : violaine | 24.01.2007

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