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28.02.2008
ivresse
Il est tard. Je tente de toucher mon nez avec ma langue. Signe effrontés d'une ivresse encore légère, guillerette. Le temps s'est allongé, les cons ont déferlé, et moi je ne saurais plus dire si nous sombrons ou si la résistance est en place. Au comptoir j'ai commandé une coupe de champagne et un shot de vodka en entrée. Je ne buvais plus. Pour atteindre le bien fou, chacun cherche sa façon. L'amour a ses limites, mais en même temps il est tout, dans sa façon d'englober, de réchauffer, de fulgurer. Si les larmes jaillissent, elles feront cascade. Alors elle se taisent. Je fais une rétention de larmes. Pour lutter contre une hypersensibilité excessive, une brutalité réac', je distribue à ma chair quelques demi-cachets doux. J'aimerais comprendre pourquoi j'ai trop longtemps cru aux bisounours. J'accuse marche par marche, coup après coup, je nourris intérieurement mes convictions. Etre respectueux ou ne pas l'être. Chacun cherche son chat comme chacun convoite le jardin de l'autre. Finalement, est-ce que cela ne serait pas cela?: Pour avancer, les gens ne sont ils pas enclins à bousculer et brutaliser autrui, n'est-ce pas, finalement, leur seule activité sportive, hygiénique, un moyen grossier pour s'en sortir? Il m'apparait comme une évidence que ceci est proche de la vérité,que finalement, seuls les personnes ayant enclenché le mécanisme de la pensée positive se battent encore pour faire du bien, ou du moins le moins de mal possible. Mais cela demande beaucoup plus de travail, d'efforts, de persérance. Aimer est la plus difficile des tâches. ceux qui croient aimer, ne le soupçonnent même pas. Heureux l'imbécile qui ne se retourne pas le cerveau à chaque coup de marteau! Etre ivre pour retrouver l'état de grâce, le plaisir simple, le bonheur d'être libéré. des bulles pour activer le recul necéssaire dans le monde qui m'entoure.
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Hafid Aggoune
Ca s'appelle "PREMIERES HEURES AU PARADIS. L'auteur est un poète aux yeux ténébreux, non pas noirs mais entre deux couleurs, d'un gris-vert aussi intrigant qu'inquiétant. Sa plume? Si on la trouve sur son chemin, on ne l'oublie pas. Sa façon d'écrire est dense, intense, intellectuelle et intuitive, poétique à souhait. Il tutoie le charnel et l'envolée lyrique aussi bien que la souffrance terre à terre. Ses phrases ressemblent à des vagues que l'on voudrait retenir à chaque flot.
Je suis en train de le lire, faites de même.... J'en parlerai plus longuement bientôt....
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24.02.2008
certains marcs de cafés devancent nos intentions
J'étais là, à trop chercher une fonction à ce mal de crâne, à faire valser des squelettes d'idées noires sous mes pieds fripés par le bain. J'avais cru pouvoir me débarrasser de la tignasse sombre de cette déprime qui m'avait collé au cul depuis la veille. Mais rien. Ni Xanax ni café noir n'avaient une quelconque place dans cette ruée vers la peur. Le monde, comme il brillait hier avec des poignes superficielles, il m’a chopé par le cou et la bouche s’est refermée, en un éclair. Je n’étais plus forte, j’étais vaseuse, paumée, à le regarder faire, boire et puis rire, échanger sous leurs manteaux des sarcasmes inutiles. C’est alors que j’ai compris que la balle ne passait même pas devant moi, que si je me penchais je ne l’attraperais pas. Ils avaient leurs anecdotes chaleureuses, leur scénographie égocentrique et moi, mon balochon, pleins de projets en cours, d’envies en fleurs, semblait avoir la fermeture cassée. Impossible de me souvenir de ce qui faisait ma force, de ce qui remplissait ma besace de fiereté. mes bagages restaient muets, et le temps défilait.
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22.02.2008
hypersensible
Troisième page que je tente d'écrire. Ayant refermé les précédentes sans enregistrer, je me suis finalement mis à songer a pourquoi de tant d'indécision. j'ai pensé à avant, lorsque ma vie était tortueuse et vodkaique, lorsque l'amour n'était qu'un bout de lointain en attendant et que je brandissais haut et fort ma soif de passion contre des corps qui ne pouvaient pas même dire en quoi la passion consistait. Je ne sais pas d'ailleurs si la passion "consiste", je sais qu'elle consumme, et qu'elle résiste, c'est déjà pas si mal. Je pense surtout qu'elle submerge et se croit invincible, qu'elle se prend pour une déesse quand elle n'est que le premier rôle dans une mise en scène romanesque de soi-même et de ses relations aux autres. lorsqu'on tombe sur autre acteur, elle devient semblant d'amour, de couple. Et elle se solde enfin par détruire les plus faibles. J'ai pensé qu'à cette époque, mes mots dégringolaient de ma bouche en casades torturées. Ils prenaient sens mais existaient en -eux comme une sorte de résultat d'art contemporain, actuel, virtuel, et conditionnel. Pourtant, la passion n'est-elle pas la seule facilité amoureuse? Je suis une hypersensible. Je l'ai découvert cette semaine, à la lecture du livre de Cyril Montana, donc, La Faute à Mick Jagger. Ca a été une découverte pour moi car, si je préssentais des choses, je n'y avais jamais apposé un mot. Ce mot m'a permis de prendre acte de ce qui fait ma force et ma faiblesse, de le vivre comme quelque chose et non comme un rien flou. Et de comprendre pourquoi , parfois, j'ai si mal à la fin d'une soirée, sans raison apparente, pourquoi je tremble intérieurement pour des inconnus, pourquoi je pourrais me resservir six fois de salade lorsque c'est un ami qui l'a faite et que j'ai envie de chialer juste à voir qu'il a fait ça avec amour et que personne n'en mange, pourquoi j'anticipe et je vis les peines des autres, celles que même eux ne connaitront pas.... Et puis ça fait couple avec ma claustrophie maladive, ma peur des verrous de chiottes et des ascenseurs. Je vais finir là avant d'être devenue chamalow.
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20.02.2008
The real life de Cyril Montana
Cet après-midi, je prépare ma rencontre avec Cyril Montana, auteur de LA FAUTE A MICK JAGGER, (Le Dilettante). C'est un travail très agréable que de faire connaissance avec l'auteur à coups de pages web. Si ma première lecture du livre m'a laissée songeuse, je prends plaisir à découvrir la totalité de son "oeuvre", trois livres publiés auparavant qui donnent au dernier un écho différent. Et puis, on n'apprend rien tant qu'en découvrant des photos perso sur un myspace. Non, je ne fais pas d'humour jaune! Au contraire, j'ai appris qu'il y avait de gros imbéciles mauvais, des cafards, qui parvenaient à écrire quelques pages en faisant oublier leur personnalité puante, juste en tricotant quelques phrases autour du champ lexical du désespoir traffiqué avec un personnage merdique qui meurt , puis revient de mourir...un Jésus des temps modernes,quoi, dont la durée de gloire ne devrait pas dépasser quelques mois. Car l'intelligence, au fond, ça paie toujours et que les imbéciles peuplent les oubliettes. Là, je glane quelques infos sur the real life de Cyril Montana sur son visage, qui inspire un truc positif - pas parce qu'il est très beau, non, ça c'est , la faute à Mick Jagger aussi,enfin presque- mais parcequ'il respire la vie, le gout de la vie, la réjouissance juvénile. Puis y lit quelques failles, de celles qui te rendent un beau gosse tout fade en mec authentique. Oui, il m'a bien l'air de sentir bon la personnalité intéréssante. Et puis y abien sur, le côté people, "c'est le mec à Anggun" bon. Ca m'importe peu, au fond, c'est vrai, j'ai simplement envie de lui dire: Vous formez un très beau couple, un méalnge intéressant". Et puis, forcément envie de dire à Anggun: Il est tout chou Simon-enfin Cyril-, ne fais pas trop ta chiante! Mais ça , évidemment, je ne me le permettrai pas parce que ça ne me regarde pas et qu'en plus, ça n'est pas parce que Claire à dit à Bertrand: Alors t'as reconnu Anggun?" que j'vais en faire un fromage...

Alors je trouve que ce trentenaire a l'air sympa, et ce n'est pas ses airs de Nicolas Duvanchelle qui vont m'effrayer!
Je n'en dit pas plus sur le livre, car vous aurez le compte rendu officiel sur le site www.zone-litteraire.com puis le non-officiel ici, sûrement....
Il a l'air d'écrire comme il vit, de surfer sur son époque avec intelligence. Ci-joint une carte postale: moi aussi j'ai une real life!
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Ma shoah personnelle
Ce matin, je me suis réveillée en larmes. Sortant doucement d'un sommeil peuplé de nazis, de frère imaginaire caché sous le canapé, de sombre, d'occupation. Puis revenait la saison douce, le temps de respirer, de rouvrir grand les volets, d'affronter le jour serein,de se débarrasser de la peur. Et j'éclatais en larme dans les bras du premier venu, pleurant chaudement ma grand-mère disparue. En me réveillant je pleurais encore. Je pensais aux odeurs, ces infidèles. Tout passe. Hier, dans la rue, j'ai reçu en plein nez une odeur singulière que j'associe à celle du printemps. Mais l'arrivée des premiers beaux jours à -t-elle une odeur? Ou est-ce mon inconscient qui fabrique ses repères? Ma mamie, elle ne mettait pas de parfum, elle avait l'odeur de la terre, de l'herbe parfois, l'odeur du chou farci, de la soupe,de la chicorée et de sa peau. AU réveil, c'est cela que je pleurais. Je pleurais de me dire que je ne retrouverais plus son odeur et pourtant je le sens presque, elle est sur bout de mon nez.Puis un jour elle n'y sera plus. Je ne me réveillerai plus triste le matin. C'est étrange comme le destin collectif du peuple s'est mêlé à celui; si commun finalement de ma perte. Et comme ces histoires de shoah me hantent et me fascinent jusque dans mes rêves. Comme si, inconsciemment, je me devais de donner autant de place à la place de mon grand père qu'à celle de ma grand mère et que je l'explorais, lui, dans ce passé qu'il n'a pas vraiment raconté aux petits enfants...En m'endormant, j'aime le bruit de la pluie dehors, et savoir avant tout le monde que demain, il ne ferait pas beau.Ce matin, j'ai le visage brouillé de larmes et je dois faire redémarrer la machine de la vie.
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16.02.2008
liberté
A imaginer ce que la liberté veut dire, j'ai frissonné. A imaginer le chemin à parcourir et surtout, la raison de le parcourir, j'ai préféré rougir. Comme la gamine qui ne sait pas expliquer pourquoi elle aime le rouge ou le noir plutôt que le rose. Parcequ'elle sent, instinctivement, qu'il y a mieux à espérer de ces couleurs franches, sans pouvoir imaginer quoi. Quand je sens vide, j'aime lire encore des livres sur les années 39-45. Je ne comprends pas pourquoi, ça me remplis. Je ne sais pas quoi penser de la décision de Sarkozy que chaque enfant prenne en charge la mémoire d'un enfant juif. Une idée frontale, brutale, à sa façon.
UN livre: CHUT, à paraitre chez Léo Scheer, de Raymond Ferderman.
Lu sur la plage, entre deux plamiers, peut-être pas la meilleure idée... Quoi que.... "Chuut" dit sa mère au petit Raymond alors qu'elle l'enferme dans le cagibis du palier avec ses habits dans les bras. De son trou noir, il l'entend pleurer, puis il entend toute la scène d'arrestation de sa famille, qui constituera la scène finale de leur vie pour lui. Dans ce livre, il tente de retourner en arrière, sur cette histoire-là, sa part d'innoncence. Il tente de nos raconter ce qu'etait sa vie avant le cagibis, mais à la lumière de la suite, il ne peut que se faire couper par ses propres introspections. Cela donne un roman sensible et drôle, qui m'a donné envie de lire toute l'oeuvre de Raymond Federman! Il y parle aussi de cette liberté étrange, qu'il doit envisager avec les trous noirs. D'une liberté à gagner sur le dos d'une famille entière, d'une mère surtout, qui a troqué sa vie contre la sienne...
Hier soir, en dinant avec des proches, j'ai aimé le goût des discussions simples, qui partent dans tous les sens. J'ai aimé la liberté de vivre pleinement un moment. J'ai aimé savoir que parfois les relations humaines peuvent être simples...
10:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.02.2008
une minute
Une minute. Juste une minute de répit et l'air d'avoir attrapé un coup de frais, pour calmer mes nerfs, mes ardeurs indécises. Avoir un temps pour aimer et un temps pour créer, sans que la menace du fric vienne altérer ma respiration. Envie de continuer à vie à vivre plus haut que mes moyens, comme nier l'évidence, comme repousser l' adulterie. Envie idiote qu'un job en or me tombe dessus. Envie d'être aidée, puis timidité. Envie d'avoir plus de choses à écrire que ça. Pas grave. Rien de grave. Une simple minute de tête qui tourne, de fruit défendu, de free insulte, de free love.Et cette chanson qui revient dans ma tête...A chacun ses mots et sa manière, la belle affaire... Une mélodie sublime.
Penset à faire écouter la chanteuse O. à Virginie, voilà ce que j'avais noté dans le carnet ble dans l'avion.
A chacun ses mots et sa manière
La belle affaire
Je reste pour ceux que j'aime
Tu t'en vas vers les mêmes
A chacun ses gestes et ses regrets
Les grands effets
Je révise mes sourires
Tu retiens tes soupirs
REFRAIN
Et moi qui nous croyais inséparables
Ce reflet c'était des larmes
Ces mots étaient silence
Mon mal était patience
Pour elle et sans regret
Les figures imposées
A chacun ses phantasmes et ses rêves
Mais les deux s'achèvent
Je reste sur une idée
Tu préfères l'oublier
A chacun ses coups et ses blessures
La jolie rupture
Tu prendras tes bagages
Je resterai bien sage
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10.02.2008
Et la vie continue
Je disais que la vie continuait quelquepart, sans que le fossé entre les mondes ne soit synonyme d'angoisse. Je disais qu'il n'y a qu'un pas entre mais que ce pas prenait toute son ampleur dans la main qui t'aggripe pour le retour. Suis-je un petit être faible qui ne sort de ses angoisses que par le biais de l'amour?
Retour à la vie, celle que l'on nomme à juste titre la vie quotidienne, qui s'empare facilement de nous lorsqu'on a un pied dedans. Je lutte souvent contre un excès de misanthropie aigüe, lutte que je manie avec la souplesse d'un pantin et que ma large bouche pleine de dents sert à merveille. J'ai souvent envié les femmes que j'appelle "froides et hates". Celle qui imprime sur elles le respect et l'énigme sans qu'elles n'aient à ouvrir la bouche. naturellement. A l'hôtel la semaine dernière, en attendant mon amoureux, à la table, j'ai été victime-le mot est bien trop exagéré- d'oeillades déplacées et redondantes d'un groupe d'hispaniques de la table d'à côté. Je déteste ça, comme je déteste les "tsstss" dans la rue dans la bouche des jeunes cons et encore plus les intrusions irritantes des ouvriers dans tes pas, la journée, si tu t'aventure sur le chemin de leur travaux( la rue quoi). J'ai toujours eu envie d'être ces femmes "froides et hautes". J'imagine qu'avec celles-ci, ils n'osent pas y aller franco comme ça. Moi, je suis comme des leurs. Le teint mat, le sourire ultra large, la tête de poupée un peu latina et les formes là où ils aiment. Direct. Même en converses, mon corps rend à mon insue ma démarche avenante. J'inspire surement plus la danseuse du ventre ou de flamenco que Charlotte Gainsbourg ou Carole Bouquet. C'est ainsi. J'ai toujours pensé que ce genre de femmes étaient apte à mettre la distance entre elles et le monde à la façon d'une statue grecque, d'un mannequin triste, qu'elles étaient assez belles pour imposer cette distance et couper à ce genre de morveux -dont je n'ose pas imaginer la façon de baiser clichée et salace-, le sifflet et le reste.
Souvent bien éloignée de la mine douce que décide de prendre mon visage, je voyage intérieurement entre le monde qui grouille autour et l'intérieur de ma carcasse. Décalage permanent, ou presque, qui constitue une belle couverture.
Le retour. Des appels de gens que j'aime qui réchauffent le coeur, qui donne un sens à l'amitié, sens que je décortique depuis un bon moment. Envie de voir des gens qui me font du bien et seulement eux. V, par exemple, qui te rend bien, qui te rempli de bonnes choses quand tu la vois. Découverte aussi que finalement, tu n'es vraiment plus en phase avec d'autres, qui pourtant ont accompagné ta vie. C'est bizarre, douloureux, mais c'est cela, je crois, la vie.
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09.02.2008
Carte postale
Punta Cana, Hôtel BB.
Il y a deux mots pour dire les vacances: buller et se prélasser. C'est étrange comme concept, lorsqu'on y pense. On bourre une grande valise de minis vêtements pour trajet "piscine-plage-chambre". Il y a dans ce lâcher-prise quelque chose d'effrayant. Savoir capter le sens aigu du plaisir... Sur le transat, je savoure l'élégance de mon homme, qui, les yeux rivés sur ses livres, ressemble si peu aux grossiers personnages qui hurlent à nos côtés en langues exhibitionnistes. Nous nous adonnons au jeu favori des photos, je pose, mutine et ridicule, il appuie. un cliché sur 40 sera accepté par la jeune femme si peu sûre d'elle que je suis. J'observe. Tout. Les autres, leurs habitudes, ces habitudes qu'ils prennent très vite dans ces lieux si communs. Je nous observe aussi. Ce ne sont pas des vacances pour le cerveau bouillonnant qui habite mon corps. J'observe mon corps, cet ennemi et allié, ce drôle de personnage qui sait si bien se faire aimant et se sentir en trop. Ce corps-là, il change beaucoup trop souvent depuis des années, il semble décider lui-même d'une mélodie informe qui ondule au rythme de passions dévoratrices et des solitudes grisâtres. Le corps ferme et flâneur de Lui. Lui, ni luisant, ni frimeur, simplement là. Sa seule présence change toute la donne... ce que je ressens , ce que je suis et ce qu'il me reste de moi, de ma perte et ce qui définit les contours d'un certain amour-propre. L'amour-propre ne se définit-il pas seulement par la simple fluctuation du regard d'autrui? Mes yeux alertes et nerveux, toujours prêts à décortiquer un sujet, se fraient un passage dans la page du livre qu'il lit, Une chic fille, collectif Inculte chez Naive. On y parle de l'intrusion d'un ver solitaire dans l'estomac pour la perte de poids. Je me surprend à trouver l'idée saugrenue mais pas dégueulasse. Mon rapport au corps change en même temps que ses yeux se posent sur moi depuis dix mois. Je ne sais pas si je pourrais écrire tout le bien qu'il me fait. Certains sages sont indicible. ( Zazie, Je n'écris pas sur toi). Autour de nous, des femmes épaisses, bien plus que moi. Je suis pernicieuse .Elles m'insupportent. La vue de ces américaines et de ces latinas exhibant leur excès de chair, leur excès de névroses autour d'une ficelle-string risible et totalement déplacée, combinée au regard de mon amoureux
sur moi, me laissent perplexe. Je sais trop bien ce que cachent ces attitudes aux airs libérés. Je me sens à l'aise dans mon rôle de femme "qui maitrise" et ne s'aventure pas au-delà de la table des salades au buffet gargantuesque.J'aimerais leur faire des grimaces lorsque je les vois, le matin, des assiettes pleines de gras dans les mains et les jupes trop courtes dévoilant les amas de cellulite qui les tueront un jour prochain. Effet léfaste de la lassitude, névrose calmée, névrose maîtrisée qui suscite l'amer intérêt pour la cruauté. Différentes cultures aussi. Ce genre de vacances ne sert qu'à ça: bronzer, et regarder autour. C'est l'enfer des corps brûlants, de la reconnaissance sociale à coups de marques. Versace et Eres, des italiens, à coups sûrs-Bide proéminent, un américain? Gagné! Un crème solaire Esthederm? French? perdu, son accent à la Roch Voisine l'a trahi! Aussi ridicule que grisant. Maiqs il y a surtout l'infini devant les yeux, le bleu à perte de vue qui, si tu tentes de le décrire, te fasse passer pour un gosse fébrile devant ses cartes postales. Pourtantc'est vrai, je ne m'en lasse pas.La vue du sable qui glisse , de l'eau transparent et de l'horizon floue me renvoient un coup d'oxygène dans le coeur. Je me demande si un jour, celui-ci n'explosera pas. Tu prends tout trop à coeur dit-Jules.Merci de l'info, comme si je ne le savais pas, depuis le temps... Mais toi, ton regard, ta bienveillance, tes névroses. Tout ce qui m'apaise. Tout ce qui me renforce. tout ce qui font de ces vacances une chose finalement simple, quand j'aurais, à d'autres époques, éprouvé la fin comme un déchirement. Désormais, dans l'avion du retour, moins de nostalgie soudaine, moins de tristesse dans le dernier regard jetté à l'océan, car la vie, je le sais, continue quelquepart, et ce quelquepart, c'est chez nous.
Avant, c'était se débattre dans le vide. C'était dépenser une énergie folle dans une course poursuite vers l'impossible, croire religieusement à un amour de vacances, tout perdre à chaque fois. Avant, c'était c'était la non-sérennité. C'était pire que de chevaucherle taureau maudit dans les pubs texans, c'était instable et non-inscrit. C'était du vent. Du vent qui grisait autant qu'il épuisait. Avant, après une semaine de vacances, j'angoissait à l'idée que finalement, il n'y avait aucune vie tangible qui continuait quelquepart.
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